Design Luminy Lissitzky_El_1921_Proun_Street_Decoration_Design-300x242 Proun Raum (1923) - El Lissitzky (1890-1941) Histoire du design Références  Proun Raum Proun El Lissitsky Constructivisme  À la fin de l’année 1920 jusqu’en 1923, El Lissitzky a appelé toutes ses œuvres artistiques des prouns (projets pour l’affirmation du nouveau). Pour lui, proun faisait allusion à cette « étape de processus de création de la forme nouvelle qui naît d’une terre fertilisée par les cadavres de la peinture et de l’artiste. » Ces prouns devaient être au service de la construction du monde nouveau. À l’UNOVIS de Vitebsk, Lissitzky développe paradoxalement un suprématisme tridimensionnel. En effet, le suprématisme pictural est la planéité absolue, sans apparence de volume. L’artiste transpose le suprématisme plan en suprématisme architectural. Les prouns représentent des modèles originaux de l’architecture nouvelle, des expériences architectoniques. Ils constituent une interprétation du suprématisme malevitchien où tout flotte dans l’espace sans haut ni bas ni droite ni gauche. L’artiste s’empare de l’idée du flottement dans l’espace et il donne aux éléments suprématistes plans le volume et tout se transforme alors. Ces éléments se mettent à descendre sur terre, car en tant qu’architecte, il dessine les volumes avec un haut et un bas, il leur imprime des rotations diverses, il les arrache de la terre. Les éléments de ses prouns se transforment en volumes architectoniques c’est-à-dire possédant un haut et un bas même quand ils planent sur un fond blanc. Le proun part d’une surface plane, se transforme en modèle d’espace tridimensionnel et se prolonge par la construction de tous les objets de la vie quotidienne. » Les idées de prouns sont devenues des immeubles d’habitation ou professionnel, un centre sportif aquatique, un pont et des salles de pavillons d’expositions (l’exposition devenant une sorte de livre en trois dimensions et une forme d’architecture au contenu narratif). Les prouns sont constitués d’une importante diversité de formes géométriques bidimensionnels et tridimensionnels quasi architecturaux et des plans verticaux et horizontaux remettant en cause les relations spatiales dans une perspective axonométrique. Défiant les règles de la gravité, les éléments semblent flotter dans l’espace. Si certains sont peints à l’huile traditionnelle ou à l’aquarelle, d’autres sont collés et en métal, carton ou papier. Les prouns impliquent un spectateur actif qui doit se déplacer devant les tableaux pour apprécier leur caractère tridimensionnel. Ces prouns ont été aussi utilisés à l’opéra pour inventer des costumes et des machines de scène.

Lissitzky est le pionnier de la création d’espace pour exposer des tableaux. Pendant la Grande exposition de Berlin en 1923, il crée l’espace proun, une salle de 3,2 x 3,6 x 3,6 m qui traduit en 3 dimensions le concept spatial des prouns. Cet espace présentait un ensemble de formes géométriques abstraites avec lesquelles les visiteurs devaient participer activement. L’enjeu artistique était de représenter l’expérience de la totalité c’est-à-dire une tentative de fusion entre l’art et la vie. Lissitzky renouvelait les expositions traditionnelles d’œuvres d’art en mélangeant des expériences visuelles, spatiales et temporelles et en inventant une série rythmique de formes et de couleurs liées entre elles dans l’espace réel d’une salle.