Valentine Henry – Dnsep 2013

Phénomène

Lorsque j’y pense, une image floue, indistincte et lumineuse m’apparaît. Ce n’est pas étonnant, car il s’agit bien de cela. Dans sa définition étymologique, le terme est issu du grec (IIIème siècle av. JC) phainomena « ce qui apparaît ». Il était utilisé pour désigner les manifestations extraordinaires de la voûte céleste. L’emploi du mot phénomène désigne aussi dans l’esprit scientifique, un ou des élément(s) matériel(s) d’un fait empirique issu d’une expérience observable, d’un évènement remarquable qui peut être l’objet d’expérience.

Si l’on suit la philosophie de Kant, les phénomènes sont liés au système perceptif de notre corps et de notre structure mentale.
Dans son ouvrage Critique de la raison pure, il sépare et analyse la raison dans ses prétentions liées à la connaissance. Les « noumènes » sont tout ce qui existe mais ne peuvent pas être perçus par notre sensibilité. Les phénomènes représentent ce qui nous « apparaît », et ce avec quoi nous construisons notre champ de connaissance.

« nous désignons certains objets, en tant que phénomènes, comme des êtres de sens (phaenomena) en distinguant la manière dont nous les intuitionnons de la façon dont ils sont en eux même constitué, (noumena) […] »

Il affirme que le « centre » de la connaissance est le sujet connaissant (l’homme), et non une réalité extérieure par rapport à laquelle nous serions simplement passifs. Ce n’est donc plus l’objet qui oblige le sujet à se conformer à ses règles, c’est le sujet qui donne les siennes à l’objet pour le connaître. Ceci a pour conséquence que l’on ne peut connaître la réalité en soi, « les noumènes», mais la réalité telle qu’elle nous apparaît sous la forme d’un objet, ou phénomène.

« […] nous disons donc que les sens nous représentent les objets tels qu’ils nous apparaissent, mais l’entendement tels qu’ils sont […]»

« J’envisage davantage les objets comme des « récepteurs » plus que comme « émetteurs » de significations. C’est à dire, des objets sur lesquels on puisse projeter des significations, plutôt que des objets qui les imposent (fuir le cauchemar de l’objet publicitaire).Proposer des objets disponibles à l’interprétation. » Pierre Charpin

 

Par plusieurs approches liées à la recherche (historiques, scientifiques), je vais tenter d’observer de quelle manière certains objets révèlent à celui qui en fait usage une dimension autre que son champ de perception habituel. Les objets dans ce mémoire seront envisagés comme une aire intermédiaire, qui relie les sens de l’être humain à sa pensée, le sensitif au cognitif (et inversement).

Les objets auront différentes « substances », entre apparitions (phénomènes) matérielles et immatérielles, visibles et invisibles. Ils seront à la fois tangibles et mystérieux, scientifiques et occultes, réels et imaginaires.

 

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