Jonathan Dalphin – Dnsep 2017

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Quelles sont les pratiques qui permettent de tisser des liens fort entre nous et l’objet, à tel point que ceux-ci s’en trouvent modifiés, qualifiés, marqués ?

Les rituels sont larges, ils vont des pratiques religieuses aux faits routiniers ; cet écart entraîne un suremploi du terme mal approprié. Les rituels ne sont pas seulement réduits au domaine religieux. Les religions dépendent elles-mêmes de la pratique rituelle et les cultes religieux s’accomplissent majoritairement à travers les rituels, qui nécessite eux-mêmes leur structure.

Les rituels ne peuvent se réduire à de simples actes routiniers, que l’on nomme rituels du seul fait de la répétition. La définition de rituels ne peut se réduire à leurs manifestations extrêmes, il faut les percevoir comme un enchaînement d’actes, visant à produire un effet, un résultat. Les rituels sont d’avantage des procédures singulières et fortement rattachées à une gestuelle, une symbolique du langage particulier.

Les rituels sont des expressions sociales, des créations culturelles transmises de génération en génération. Les rituels sont transmis par des récits d’actes validés par la communauté. Ils sont, avant tout, des procédures acceptées et reconnues par les différents groupes culturels, ils ont besoin de la collectivité pour exister, pour faire valoir leurs iconographies, leurs symboles, leurs chorégraphies.

La croyance est intrinsèque à l’être humain, les premiers rites révélant la croyance en un « après » datent de plus de 100 000 ans, avec la découverte des plus anciennes sépultures en Israël et en Égypte. Les rituels sont une pratique inhérente à l’organisation des groupes humains.

Définition Larousse RITUEL ~ Gestes, symboles, prières formant l’ensemble des cérémonies d’une religion.

~ l’Église latine, livre liturgique contenant les rites accomplis par le prêtre, notamment lors de la célébration des sacrements.

Ensemble d’actes, de paroles et d’objets, codifiés de façon stricte, fondé sur la croyance en l’efficacité d’entités non humaines et approprié à des situations spéci ques de l’existence.

~ Ensemble des règles et des habitudes fixées par la tradition.

Cependant, il faut maintenant compter avec le fait que la « personne » est souvent privilégiée par rapport au « groupe » dans notre société. Ce qui nous amène à réfléchir aux rituels possédant une dimension individuelle. Dans la mesure ou certains de ces rituels sont de l’ordre d’un impact du privé ou du public, jusqu’à quel point ces rituels individuels et privés s’inspirent — ils des rituels collectifs et publics. Il s’agit d’entendre par rituels individuels et privés, des pratiques personnelles menées afin d’obtenir un effet, mais qui n’implique pas que ces rituels soient observés par d’autres personnes, ni même reconnus par la collectivité. Ces rituels-là possèdent-ils les mêmes codes que les rituels collectifs ? Sont-ils inconsciemment inclus dans une reconnaissance communautaire, ne sont-ils que des dérivés de la réelle pratique rituelle ?

Les rituels, collectifs ou individuels, sont des pratiques nées de croyances, dans certains cas d’une foi, que je pense comme un sentiment indéfinissable que l’on peut ressentir lorsque l’on est convaincu de quelque chose, que l’on offre une entière adhésion à une entité ou à un concept « supérieur » dont on pense qu’il influencera notre avenir.

De l’éducation religieuse de ma tendre enfance, je pense pouvoir dire que je ne suis pas croyant, j’entends par là que je ne suis pas chrétien, que je n’appartiens à aucune religion.

Pourtant je crois, j’ai la foi en certaines choses.

De mon enfance, et de ses moments marquants, je me rappelle les repas et les prières autour de la table. À ce moment précis, la table prenait la fonction d’un autel. Et peut être ces mots me permettront de définir à un certain moment que nous sommes, ce que je pense, des êtres rituels.

Le lien avec les objets ? Je suis sensible à ces liens affectifs qui s’établissent entre nous et l’objet. J’apprécie les objets capables d’évolutions, de transformations, de manipulations, de mutations. Alors, pourrais-je définir les objets comme des récepteurs de rituels ?

Cette partie permettra de parler des objets et des choses tangibles, qui peuplent notre quotidien, mais également au sens plus large, de l’objet de rituel, pour ensuite parler de leur caractère sacré. Que pouvons-nous apprendre de la pratique rituelle contemporaine, révèle-t-elle des repères collectifs ?

Cette partie nous permettra d’approcher de manière tangible l’aspect rituel pour revenir plus tard à un aspect de mon sujet : la mort dans nos sociétés contemporaines et l’approche par l’unité de soins palliatifs.

Jury Dnsep 2017 :

Président : Jörn Aram Bihain, Architecte

Mémoires : Elena Biserna, Artiste

Sophie Bellé : Historienne de l’art

Martial Marquet : Architecte, Designer

Philippe Delahautemaison : Architecte, représentant l’Esadmm

 

Pour commencer à introduire mon questionnement, j’aimerais parler de l’agence Nelly Rodi, qui regroupe des professionnels de la mode, des stylistes, des designers concepteurs, scénographes, experts marketing pour proposer des cahiers de tendances. Faire référence aux tendances nous permet d’ancrer le sujet dans une actualité

L’hiver 2007/2008 était autour de la thématique « Believe » (Croire). Il est écrit dans l’introduction : « Dans une société basée sur des valeurs matérialistes, une nouvelle quête de spiritualité se manifeste tous azimuts, comme par un choc en retour, pour recréer l’équilibre perdu entre le relationnel et l’irrationnel, la raison et l’imagination. »

Cela laisse penser que nous avions perdu notre capacité à nous détacher de la matière et de la forme. Avions-nous réussi contre — nature à ne plus croire en rien ? Et cette dernière quête serait notre dernière chance de rééquilibrer les choses ? Faudrait-il croire que cette quête de spiritualité est si nouvelle que ça ? Certes, la question de spiritualité est un sujet de questionnement actuel, et qui serait nuancé par le fait que la question de la spiritualité ne nous a jamais vraiment quittés. La spiritualité, la foi, la croyance sont intrinsèques à l’homme, seulement leurs places sont parfois difficiles à évaluer dans certaines périodes de l’histoire et cette problématique revient cycliquement.

Alors, comment faire la différence à l’heure actuelle entre fanatisme et religion, habitude et rituel, sacré et populaire ?

Toujours, il est intéressant de relever dans le cahier des tendances de l’entreprise : « Nous sommes dans une société ou le visuel est prioritaire : en se parant des atouts de telle ou telle croyance, de ses codes, de son imagerie, l’individu accède facilement au sacré et se construit une part de bonheur à consommer dans l’immédiat ». (Cahier de tendance hiver 2007/2008) Ces personnes qui face à la crise mondiale s’investissent pour un monde meilleur. D’une nouvelle génération portée par la vie, mettant l’humanité au cœur des priorités grâce à l’empathie et l’altruisme à tous les niveaux. Il semble que nous soyons maintenant pleinement conscients et pleinement établis. Peut importe notre individualité, nous appartenons à un tout. Il s’agit maintenant de croire en l’humanité. (Cahier de tendance hiver 2016/2017)

Une part de moi même ne peut pas rester insensible à l’allusion consumériste qui est faite ici à propos du sacré. En quoi quelque chose, quelle qu’elle soit, peut encore rester sacrée si l’on y « accède facilement » ? Les objets seraient-ils si dénués de réelle charge ? Les objets de rituels ne seraient-ils devenus que les images d’eux mêmes ?

Les objets seraient-ils si dénués de réelle charge ? Les objets de rituels ne seraient-ils devenus que les images d’eux — mêmes ? Est-il encore possible de déceler ce qui rend la magie des objets ?

« Une autre chose à propos des èches et du design me vient à l’esprit : une èche préhistorique, en tant qu’instrument, sert aussi bien aujourd’hui qu’il y à dix mille ans. Je peux aussi bien tuer un animal aujourd’hui avec une èche de dix mille ans. Mais que fais — je aujourd’hui du signe magique incisé sur la flèche ? Rien. Je le mets dans un musée ou je le regarde ébahi. »

Il s’agit de saisir l’objet d’un rituel pour y dé nir la charge présente. L’intérêt n’est pas d’énumérer des exemples de pratiques rituelles inscrites dans les âges, mais de donner quelques pistes et y déceler les enjeux d’un designer.

L’ensemble des axes sera guidé par des termes qui seront définit jusqu’à la fin. Ces éléments définissent la pratique rituelle, mais aussi l’ensemble des choses qui la peuple.

~Les objets récepteurs. Une zone dé nie où les objets pourront aller et venir en fonction du temps, de l’histoire, des cultures. Des objets bien choisis. Mettre en place des niveaux de lecture sans stigmatiser le sujet par le filtre de la pratique rituelle.

~Matière première/Milieu naturel, est orientée sur une définition plus générale de la pratique rituelle, avec un questionnement autour de l’environnement des rituels, de leurs paramètres fondamentaux et de ce qui les constitue aujourd’hui.

~ Les effets se concentrent à nouveau sur les objets, afin de chercher la définition d’une « charge » qui serait attribuée aux objets de rituels. Cela se fait par le relevé et l’analyse des marques et traces laissées par la pratique rituelle sur ces objets.

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