Site de ressources pédagogiques de l’option design de l’École des Beaux-Arts de Marseille – Esadmm

Anthony Curinga – Dnap 2016

Ma sensibilité se situe dans la recherche de nouvelle matière. J’aime mettre en tension les limites entre le corps et ses matériaux, entre le fait main et le technologiquement assisté. J’explore les matières, le corps physique et mutant.

Mon travail est très intuitif et expérimental. Au départ, il n’y a pas toujours un concept ou une règle qui déterminera mes choix, c’est l’expérimentation de différents matériaux, mes enseignements et de mes rencontres architecturales ou mes lectures qui me permettent d’accroitre ma sensibilité. Petit, je me suis toujours intéressé aux super héros et à leurs super pouvoirs. Je voulais pouvoir sauter toujours plus haut, courir toujours plus vite. J’adulais les X-Men et leurs capacités augmentées : Je voulais être comme eux.

Mon ultime point de départ, l’essence même de mon univers provient surtout de ma sœur jumelle ; elle est née avec une déformation musculaire ; l’arthrogrypose, ce qui fait que son corps ne s’est pas développé comme tous les autres. Je comprenais pourquoi elle ne pouvait pas courir, ni sauter, ni marcher normalement. Mais je ne comprenais pas pourquoi les gens la dévisageaient dans la rue, pourquoi ne comprenaient pas qu’elle était différente et que cette différence la rendait unique et fantastique. Elle a surmonté les regards, les critiques et la science. Les médecins ont dit qu’elle ne pourrait jamais marcher mais elle l’a fait… Pour moi ma sœur est une X-Men et je trouve sa mutation fascinante.

Ma perception s’est forgé durant ma jeunesse autour d’Edward aux Mains d’Argents, de « La Métamorphose » de Kafka relatant les mésaventure d’un homme se transformant tout à coup en « monstrueux insecte », des Comics avec Mystique, une mutante métamorphe, capable de modifier phsysionomiquement sa propre structure cellulaire pour changer son apparence.

La place du corps humain est très importante dans mes inspirations ; je suis fasciné par le corps et ses manipulations, j’en fait une sorte de fétiche moderne. Mes inspirations proviennent de l’exploration de la génétique, de la biologie, du transhumanisme ou de l’hybridité. J’ai aussi une obsession naturelle pour les formes organiques telles que la mousse, les taches, les bosses, l’épine dorsale, les fluides visqueux. Il n’y a pas vraiment de « ligne droite » dans mon travail. Je réfléchis aux tensions, aux frontières qui s’exercent entre peau et matière, entre vivant et inanimé, entre organique et technologique, à les faire fusionner comme si c’était une seule et même entité. Ou les objets font corps avec la chair et l’équilibre humain, donnant naissance à un nouvel organisme autonome.

Je passe du temps à fabriquer des choses à la main et j’aime utiliser des moyens low-tech pour raconter une histoire.

À l’aide de cure-dents, de bulles en latex, ou de collants, j’essaie de créer une illusion et de jouer avec les limites du corps. Explorant les volumes et le remodelage de la silhouette humaine de façon rapide afin d’expulser toute l’énergie créatrice. Autant par un aspect visuel, mais aussi par les sens. Que ce soit par le son émis par le corps en mouvement, par ce que ressent l’homme dans sa nouvelle peau, par son déplacement, je veux remettre en question notre identité corporelle et psychologique a travers le vêtement qui habite le corps : mi-homme mi-bête, des êtres extra-humains, des mutants prêts pour affronter l’asphalte et nos jungles cosmopolites.

Mon principal sujet de recherche reste une quête de la beauté pure, et son impact esthétique sur le corps humain.

Je défie les valeurs du beau et du bon gout ; utilisant des procédés de difformité, d’exagération, d’accumulation, d’expansion j’essaie de provoquer et faire réagir (attirance, répulsion, malaise, peur, angoisse) sur notre identité. Je propose une réflexion sur l’évolution de la mode et de la société. Créant des monstres gênants qui pourraient se fondre parmi nous pour questionner sur une nouvelle conception de la beauté et de l’identité. Par l’utilisation de matériaux du quotidien je métamorphose un corps tel un être hybride, mi-homme mi-mutant pour brouiller notre propre vision du beau et remettre en question l’esthétique de nos jours.

Jury DNAP 2016

Présidente : Sophie Bellé, Historienne de l’art

Sophie Chantrenne : Architecte d’intérieur

Philippe Delahautemaison : Architecte, représentant l’Esadmm

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