Louise Coste – Dnap 2016

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La danse est toujours associée à la musique.

Comme j’associe le dessin au design.

Dans l’improvisation en danse, on retrouve un aspect de mise en forme semblable à celle du design.

Dans le design, à mes yeux elle passe essentiellement par le dessin.

Écoute

Inspire

Absorbe

Expire

Ressent

Frissone

Inspire

Crée

Expire

Danse

Vis

La danse illustre la musique, la rend plus belle, ou même quelques fois nous la fait découvrir autrement, en mettant l’accent sur des sons jusqu’alors jamais remarqués. Le danseur fait partager sa propre vision du son, sa propre interprétation, son écoute. Le spectateur est juste guidé par celui-ci. C’est très subjectif et personnel. Il est important pour moi que les mouvements soient précis et maîtrisés. Le principal, c’est l’attitude et l’énergie. L’émotion transférée visuellement est beaucoup plus importante par la spontanéité et la profondeur des pas. En improvisation, c’est le cas. La retranscription de la sensibilité du danseur est directe, quasiment palpable.

Lorsque l’on crée une chorégraphie, le mouvement initial instinctif perd de son intensité, il devient machinal, tandis que, lors de sa première utilisation, il exacerbe beaucoup plus les émotions.

Lors de la mise en mouvement du danseur, il établit ainsi un lien entre le son, la musique ou même plus précisément entre l’instrument qu’il entend et le pas qu’il exécute.

Il y a ainsi un processus de création et d’interprétation selon ce qu’il perçoit et ressent : les différents instruments, la voix, le rythme, l’harmonie, la mélodie, et même le silence.

Visuellement la danse devient alors lisible, on voit comment le danseur interprète ce qu’il entend et ressent, c’est une traduction corporelle de la musique.

Un bon danseur parvient à concilier la technique du corps et l’expression inépuisable que suggère en lui la musique. Il y a alors une sorte de graphisme et d’harmonie dans les mouvements.

Chacun d’entre eux semble alors tracer une forme. Celles-ci changent et se ressentent différemment selon leur réalisation. Chez la danseuse américaine Trisha Brown on retrouve des dessins chorégraphiques qu’elle réalise avant de créer une chorégraphie ou même pendant. On retrouve les courbes que réalise dans l’espace chacun de ses mouvements. Les lignes que tracent l’ensemble de la chorégraphie se superposent pour laisser place a une composition abstraite et complexe.

Pour moi la danse est un langage sensoriel, qui ne peut pas être entièrement apprécié et perçu par tout le monde. Pour le comprendre, il faut être réceptifs aux vibrations de la musique, au graphisme du mouvement et à la frénésie des émotions transmises.

« Danser, c’est comme parler en silence. C’est dire plein de choses sans dire un mot » Yuri Buenaventura.

Le crayon danse sur la feuille, suivant l’imagination et la créativité de celui qui le possède. Il virevolte et se laisse traîner pour laisser l’empreinte de son passage.

Le dessin illustre la pensée. C’est l’une des premières traductions de nos pensées en dehors des mots. Le dessin est machinal et quelques fois irréfléchi.

Il a cette incroyable capacité à synthétiser la complexité de la pensée et à la transmettre par le biais d’une image unique.

Comme dans la danse en général, les premiers traits sont souvent les plus justes. L’impulsivité libérée du premier trait traduit au mieux la première intention.

Le premier croquis est très expressif, souvent plus que ceux que l’on produit plus tard. Plus le temps passe, plus ils sont reproduits, modifiés, améliorés, perfectionnés. On perd en spontanéité et en intensité graphique. Les croquis sont alors beaucoup moins abstraits qu’au début.

Généralement, on revient souvent sur les premiers dessins, pour sans cesse déconstruire plutôt que de construire, l’analyser et determiner ce qui en fait sa force. Un geste chasse l’autre jusqu’à ce que l’essence du projet se dégage. Le dessin est un support qui guide notre imagination et fait évoluer l’intention de départ.

La place du geste dans l’expression de la pensée d’un designer créateur est primordiale. C’est la part d’intime qui se cache entre la naissance d’une idée et le début de ses développements.

Les premiers dessins sont généralement des recherches de formes, d’univers graphique.

Le designer s’inspire généralement de formes déjà existantes, dans la nature, l’art, ou tout simplement son environnement. Le danseur s’imprègne de la musique pour créer et générer des mouvements, le designer lui fait de même avec tout ce qui l’entoure pour déclencher le processus créatif.

La forme, le beau semblent être pour moi des notions incontournables dans le design. Elles doivent être pour moi épurées, géométriques, simples et efficaces, harmonieuses avec son espace, légères et douces.

Dans les dessins de recherche du collectif Dito ou encore chez Pierre Charpin, on retrouve cet aspect très graphique à travers des formes très géométriques. Pourtant, suite à ces dessins très abstraits d’où se dégagent idées et formes dont certaines mèneront à des projets concrets et aboutis.

Le dessin est très présent aussi dans le travail des frères Bouroullec.

« Le dessin est un moteur de réflexion, il est l’expression d’une pensée, l’étape d’un aller-retour avec l’esprit. De la feuille, l’idée revient en tête et le dessin suivant est un peu différent. La réflexion se poursuit ainsi, elle pourrait être infinie. »  Jasper Morrison — dessiner le design

Pour moi, la création est plus facile en partant ainsi de formes, de graphisme, de dessins, ce n’est que plus tard que la fonction entre en jeu. Pourtant paradoxalement on garde à l’esprit que la forme suit la fonction. Ces deux notions sont complémentaires et se travaillent simultanément.

« Quand Charles Eames dessine sa chaise, il ne dessine pas seulement une chaise, il dessine une nouvelle façon d’être assis. Il ne dessine pas pour une fonction, il dessine une fonction. » Sottsass 1954, Ettore Sottsass Jr de Gilles de Bure

Un objet pour moi doit être beau, il est beau au-delà de son visuel, au-delà de sa simple forme.

 

Il est beau par son procédé de création.

Il est beau par son utilisation.

Il est beau par ses matériaux.

Il est beau par le principe d’économie avec lequel il est fabriqué.

Il est beau par ses finitions.

Il est beau par sa complexité ou sa simplicité.

Il est beau par sa place dans son environnement.

Un objet est beau par sa mise en forme, depuis l’idée jusqu’a la réalisation.

Le contexte dans lequel le projet sera situé et projeté est primordial à mes yeux. L’envie de contextualiser l’objet, de le mettre en valeur dans un environnement particulier est important.

C’est l’aboutissement de la création, intégrer l’objet dans l’espace existant.

Seulement, il y a un certain nombre de contraintes liées à l’espace ou l’objet va atterrir qu’on ne maîtrise pas, les objets se doivent donc a mon avis d’être versatiles.

La modularité est une notion qui m’est plaisante dans la conception d’un projet.

C’est la capacité pour un objet d’être transformé en déplaçant ses différents éléments souvent dans le but de gagner de l’espace.

Il doit pouvoir se reconfigurer dans un contexte.

Il y a ainsi une recherche de multiplicité quant au choix de l’agencement final de chaque projet. Dès lors, l’espace, l’objet peut être personnalisé par l’utilisateur, et, quel que soit son aspect final il y reste une certaine harmonie.

On voit donc apparaître une sorte de famille d’objet cohérente.

L’objet modulable n’est pas fixe ou fini, il est en constante évolution, réorganisable et combinable à l’infini.

L’objet modulable est constitué comme son nom l’indique de modules simples. Ils peuvent être identiques ou différents, par leur taille ou encore leur couleur tout en gardant une similarité formelle. Ils sont alors répétés et réglés selon l’envie.

L’assemblage est primordial dans un projet basé sur la modularité, un assemblage simple est généralement le plus efficace.

On retrouve ces deux concepts simultanément dans le projet de Jérôme Dumetz « Les Ensembles ».

Le projet est composé d’une gamme de six pièces métalliques qui sont en fait des pièces d’assemblage de tailles, de couleurs et de fonctions différentes. Le designer fait une proposition de mobilier à construire soi-même à partir de ces éléments et de panneaux de bois.

L’utilisateur intervient donc dans la finalisation du projet, car c’est lui qui le monte et l’agence comme il l’entend, il devient une forme de créateur.

Dans l’essence même de la modularité, on retrouve la notion de répétition, d’accumulation, de superposition.

Par nature, le design c’est la répétition, il y a toujours cette idée de produire des pièces toujours identiques, d’ailleurs il y a de plus en plus de techniques de production qui répondent à cette demande.

Le motif est dans le domaine artistique, une forme esthétique à répétition. Il y a une fois de plus un module de base que l’on fait proliférer selon l’envie en suivant des techniques et des systèmes mathématiques différents.

Dans le projet de Motifs Marseille par exemple je suis partie d’éléments graphiques trouvés autour du vieux port de Marseille.

Inspirée des mats et des cordages de bateaux, j’ai réfléchi à la création de visuels simplifiés. Les petits modules carrés obtenus donnent alors une possibilité d’assemblage entre chacun par n’importe quel côté, quel qu’en soit le sens. On peut en assembler une infinité, identiques ou différents, à l’endroit ou à l’envers.

Ainsi avec la répétition et la prolifération des motifs, une trame se dessine. Il y en a une infinité à réaliser sur ce principe.

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