Bastien Jourdan – Dnsep 2018

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Décrire ce qu’il se passe, pour dégager une émotion par le langage ou une image formelle, c’est le principe même du surf et du design. Lire l’océan, comprendre ce que l’élément va faire et ensuite anticiper.
Toute la partie athlétique à propos du surf : pagayer, se mettre debout, tourner… Tout cela s’apprend durant la phase d’apprentissage, c’est la partie physique. 

Ensuite vient la phase qui se rapproche du spirituel, j’entends par là, de quelle façon on comprend et comment on lit l’océan.
C’est un langage en soi, qu’il faut déchiffrer, un langage qui n’est pas composé de mots. 

Les décisions que nous devons prendre en réponse aux représentations subtiles données par l’océan impliqueront énormément de variables dans la façon dont nous aurons à utiliser la vague.
La planche devient le prolongement du surfeur, elle en traduit le comportement par sa glisse sur les parois de la vague, elle permet à celui-ci d’alterner les répartitions de forces poids/vitesse pour utiliser le potentiel du corps + planche + vagues dans sa glisse. 

Le surfeur au fil des années d’expérience, prend conscience de l’importance de la planche, elle devient de plus en plus performante et plus ré — active aux différences de transmission des forces exercées par son détenteur. Le pratiquant focalise son regard non pas sur les couleurs et les motifs qu’elle arbore, mais sur une autre sorte de dessin, le shape. 

En observant la fabrication d’une planche, on devient plus attentif aux enjeux de la mise en forme, on perçoit l’effet d’une courbure, la conséquence d’un volume, l’incidence de telle ou telle longueur. Je m’aperçois que le surf est une école de design grandeur nature, donnant plus d’importance aux détails de fabrication qui apporteront une propriété spécifique d’utilisation. 

Ce qui guide le dessin des formes, ce n’est pas leurs enjeux esthétiques dans l’univers des symboles, mais leurs propriétés mécaniques dans le monde du physique. 

C’est la réutilisation de principes utilisés dans le milieu de l’aéronautique et de l’hydrodynamique qui ont permis de populariser un peu plus la pratique.
La course à la légèreté et à la maniabilité était lancée. Les lourdes planches en bois massif (45<70 kg à sec) recouvertes d’huile utilisée par les ancêtres surfeurs ont d’abord laissé place premièrement à l’utilisation de planches creuses au coffrage en contreplaqué (la « cigare » par Tom Black en 1930) ce qui réduisit les planches à 20<30 kg. 

Dans les années 40 est mis en place une étude sur le bois le plus léger, il en découle que le bois de balsa, plus léger (15 kg pour un surf) remplaça le séquoia originel. 

Pendant la Seconde Guerre mondiale sont apparus le pain de mousse en polyester, la résine époxy et la fibre de verre. Ce fut en 1949 que Robert Wilson-Simmons, pour pallier sa privation de l’usage d’un de ses bras durant un accident dans sa jeunesse mit au point le modèle de fabrication de la planche moderne : mousse + fibre de verre +résine. Cette révolution était mal vue des vieux surfeurs qui interdisaient ces planches « légères » au line up, mais les jeunes générations de surfeur était plus enclins à se modèle de planches qui permettaient une grande légèreté, mais surtout une meilleur maniabilité. 

Alors que le bois de balsa se faisant rare et difficile à l’exportation, un shaper du nom de Hobi Alter (Hobi Surboard) travailla avec l’aide d’un représentant de chez Reichold Plastic une autre matière, le Polyuréthane. En 1958, ces deux hommes mettent en place une usine de fabrication de mousse spécialement conçue pour les surf à Laguna Canyon, USA qui resta en activité jusqu’en 2005… 

Cet apprentissage ne s’arrête pas à la planche ou aux capacités athlétiques du surfeur, mais concerne aussi la vague.
Il n’y a pas de surf sans vagues, mais il n’y a pas qu’une seule vague. Chaque vague est plus ou moins haute, plus ou moins creuse, et elles ont toutes un impact sur la planche. 

Au fil du temps, le surfeur apprend l’importance de la planche, mais surtout celle de son environnement, il apprend les conséquences des forces donnant naissance à tel ou tel type de vagues.
Une vague est le fruit de ce qu’il se passe en dessous et au-dessus de l’eau, le fond géologique aura un impact sur le déferlement tandis que la hauteur et la puissance des vagues dépendent davantage des conditions climatiques. 

Au fil des années de pratique, des nombreuses vagues prises, des kilomètres parcourus à la force des bras, la vision se fait plus claire, les risées, les ondes de la houle parlent un langage que nous comprenons. De nombreuses fois j’ai eu l’intuition de ramer à un endroit spécial, comme s’il allait se présenter à cet endroit précis une vague qui n’ai pas encore était formée. 

Tel un chant de sirène aux sonorités si particulière que seule une partie de moi pouvait la comprendre.
L’instinct du surfeur est l’adéquation entre lecture des caractéristiques formelles de l’environnement et un sens marin, avec pour seul instrument notre planche. 

Certain diront qu’il y a une spiritualité dans le surf, d’autre que ce n’est qu’un sport. Ce que j’y vois c’est que le surfeur est soumis aux aléas climatiques, à l’inconfort, à l’effort, à la peur impliquant dans son comportement une sorte de dévotion corporelle et mentale à d’étranges dieux. Cela vient du fait qu’on est toujours en train de prier que le vent change, qu’il y ait de la houle, qu’une tempête s’arrête. Ce sont des éléments de la nature qui sont cruciaux et qui font du surf une sorte de théologie. Cette pratique du surf fait partie de ce que l’on aime et de ce dont nous nous soucions le matin en nous levant, ce en quoi on veut croire, mais en même temps il y a là une anthropomorphe, une personnification de la vague 

« On aime la vague, mais elle ne nous aime pas. C’est la nature dans tout ce quelle a d’impitoyable » 

William Finnegan 

Jury Dnsep 2018 :

Présidente : Esjieun Kim, Architecte, Artiste

Mémoires : Véronique Verstraete, Artiste

Kader Mokaddem : Philosophe

Fred Terry : Designer

Frédérick du Chayla : Designer, représentant l’Esadmm

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