Ettore Sottsass – Sur les cuisines

Notes de voyage Sur les cuisines Quand je vais chez des gens qui organisent ce qu’on appelle une « soirée », avec des dames et des messieurs très importants, ou moins importants, ou même, pas importants du tout (agités des deux sexes par exemple), tôt ou tard je me faufile dans la salle de bains ou les toilettes, parce qu’en ces lieux j’apprends toujours quelque chose sur les maîtres de maison, quelque chose qui, jusque-là, m’avait peut-être échappé. Mis à part la décoration générale (carrelage, carreaux de faïence, peintures aux murs, robinetteries en or avec dauphins comme à Pompéi ou robinetteries communes…

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Ettore Sottsass – Sur la nature et les métropoles – 1991

Design Luminy Ettore-Sottsass-768x492 Ettore Sottsass – Sur la nature et les métropoles – 1991 Références Textes  Nature Ettore Sottsass   Design Marseille Enseignement Luminy Master Licence DNAP+Design DNA+Design DNSEP+Design Beaux-arts
Ettore Sottsass Los Angeles County Museum of Art (Photo by J. Emilio Flores/Corbis via Getty Images)

Maintenant la nature — la vraie —, je la vois rarement. Pour voir la nature, il me faut désormais aller dans une agence de voyages, où des gens très compétents organisent à mon intention la meilleure manière de la voir. Je pense soudain que plus il y a de villes, plus il y a de maisons qui poussent partout sur la planète, plus nous sommes entourés de murs, et plus se multiplient les agences de voyages qui se proposent de nous montrer la nature — toute la nature —, comme cette fois où nous sommes allés dans le désert, en Afrique. Nous…

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Ettore Sottsass – Tout le monde dit que je suis très méchant – 1973

Design Luminy Portrait-768x492 Ettore Sottsass – Tout le monde dit que je suis très méchant – 1973 Références Textes  Ettore Sottsass   Design Marseille Enseignement Luminy Master Licence DNAP+Design DNA+Design DNSEP+Design Beaux-arts
Ettore Sottsass - vase Shiva

Aujourd’hui, tout le monde me dit que je suis très méchant. Tous disent que je suis vraiment méchant parce que je suis designer. On me dit que je ne devrais pas exercer ce métier — et que sais-je encore ? On me dit que cette profession appartient au domaine du rêve (et ce n’est pas un mal d’ailleurs). On me dit qu’un designer a « pour unique et réel objectif d’entretenir le cycle production/consommation », qu’il ne pense pas à la lutte des classes, qu’il ne sert pas la cause et même qu’au contraire il travaille pour le système. On me dit que tout ce…

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« Que veut dire être designer ? » – Ettore Sottsass (1917-2007)

« J’estimais que le rôle de l’architecte ou du designer, à ce moment-là, était d’instaurer une méthodologie du doute, de la souplesse, de la construction/destruction, de la gravité/ironie, de l’optimisme/pessimisme, de la forme/non forme, etc. On peut soutenir qu’un projet n’a pas de solution qui ne puisse légitimement supposer “ une autre ” solution. Quoi qu’il en soit, c’était alors l’occasion de mettre en œuvre une méthode d’approche qui ne conduise pas tant à chercher la “ forme parfaite ”, la forme idéale ou l’idée de la forme, qu’à chercher “ la méthode pour chercher la forme ”. Bref, une méthode permettant au designer d’être à l’écoute de la…

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Le contre-design – Ettore Sottsass

In « Rassegna », Milan, n° 22/23, mai-août 1972. Le contre-design est une rage, ou mieux, un ennui, ou peut-être, un désespoir, ou peut-être, une raillerie, ou peut-être simplement le résultat de la conscience des actes et des discours autour du DESIGN, puisque que ce même design est en train de devenir une histoire toujours plus importante, engagée, consumée, gonflée, sollicitée, mais surtout usée par les agissements de tous, acteurs et spectateurs, designers et producteurs, vendeurs et consommateurs. Le contre-design n’est pas une formule, mais une manière d’être conscients, une manière de savoir ou de sentir que le mécanisme tel qu’il fonctionne n’est pas idéal et…

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Ettore Sottsass – Sur la lumière électrique

Avec la lumière électrique, on pénètre dans des mondes, des paysages, des grottes, des espaces jusqu’alors inimaginables et inconnus. Avec la lumière électrique, on introduit le jour dans la nuit la plus profonde et ainsi, on éclaire tant le monde que la nuit devient une sorte de jour, un jour jamais vu, un jour nocturne avec des stations-service comme des fantômes au bord des autoroutes, des vitrines verdâtres, des parkings scintillants, des places comme des piscines vidées en hiver, des étages de bureaux jaunes avec personne dedans. La nuit devient donc un jour nocturne et dans ses vitrines les légumes sont plus…

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